Depuis environ six ans, je m’intéresse au nombre d’offres d’emploi de rédacteur technique publiées sur indeed.com, le plus grand site d’agrégation d’offres d’emploi des États-Unis. À l’exception d’une brève augmentation fin 2015-début 2016, le nombre d’offres dans le domaine de la rédaction technique n’a cessé de diminuer. Malgré la solidité de l’économie, la baisse générale du taux de chômage et le fait qu’indeed.com reste l’un des principaux sites d’agrégation d’offres d’emploi, cette tendance se poursuit encore aujourd’hui.

Expérience en DITA et rédaction technique
Je consulte principalement le nombre d’offres d’emploi sur indeed.com afin de me faire une idée plus précise des types de compétences recherchées pour un poste en rédaction technique, en particulier ceux qui requièrent une maîtrise ou de l’expérience en DITA. Si je fais une recherche avec le terme « DITA » uniquement, j’obtiens davantage d’offres liées au poste traditionnel de rédacteur technique, sans l’être exactement. J’ai donc l’impression que, du moins en ce qui concerne DITA, l’intitulé de poste « rédacteur technique » n’est pas le plus populaire lorsqu’il est associé à cet ensemble de compétences.
Bien que j’aie affirmé lors de plusieurs conférences que DITA est associée à d’autres intitulés de poste que celui de « rédacteur technique » (ce qui est justifié par le nombre beaucoup plus important d’offres d’emploi disponibles sur indeed.com lorsque je supprime le terme « rédacteur technique » de ma recherche), j’ai décidé de mener une enquête plus approfondie pour voir si mon intuition était correcte.
Un autre projet que j’ai mené ces dernières années consistait à suivre les publications LinkedIn de ceux qui indiquaient utiliser DITA dans le cadre de leur travail. Je supervise environ 1 500 personnes afin d’avoir une meilleure idée des tendances du marché, qui utilise quels outils et quels CCMS, ainsi que comment et pourquoi leur entreprise utilise DITA.
Mais dans ce cas, j’ai trié tous les emplois dont l’intitulé comprenait la mention « rédacteur technique » ou au moins « rédacteur ». Cette liste inclut les personnes avec les titres de postes suivants, autres que « rédacteur technique » :
- Rédacteur technique conseil
- Rédacteur technique associé
- Rédacteur de contenu
- Rédacteur technique contractuel
- Rédacteur en ingénierie
- Rédacteur technique principal
- Responsable, rédacteur technique
- Rédacteur technique principal
- Ingénieur de projet, rédacteur technique
- Rédacteur programmeur senior
- Rédacteur technique senior
- Rédacteur technique salarié
- Rédacteur technique II
- Rédacteur technique III
- Rédacteur technique IV
- Consultant en rédaction technique
- Stagiaire en rédaction technique
- Responsable de la rédaction technique
J’ai découvert que 589 personnes utilisant DITA avaient un intitulé de poste contenant une variante soit de « rédacteur technique », soit de « rédacteur ». Comme vous pouvez le voir sur cette liste, le terme générique « rédacteur » est principalement utilisé pour monter différents niveaux d’ancienneté, allant du stagiaire au rédacteur technique confirmé et attitré, et comprenant également les consultants et les personnes travaillant soit au sein d’un groupe d’ingénieurs, soit les ingénieurs eux-mêmes.
Utiliser DITA sans être rédacteur technique
Le deuxième groupe de la liste est formé à partir des personnes dont les intitulés de poste suggéraient qu’il existe de nombreux métiers associés à l’utilisation de contenu structuré et à DITA. En tout, 891 personnes avaient un métier comprenant l’utilisation de DITA, qui déviait complètement de la rédaction technique.
Ce qui signifie qu’environ 66 % de cette population d’environ 1 500 personnes qui déclare utiliser DITA ne travaille pas en tant que rédacteur technique classique.
Voici un échantillon représentatif des intitulés de postes de la deuxième liste, celle sans rédacteurs techniques :
- Analyste II documentation technique
- Spécialiste de build Ant
- Ingénieur d’application
- Développeur de contenu technique associé
- Analyste business et auteur technique
- Chef architecte de l’information, analyste UX
- Consultant en gestion de contenu
- Architecte de contenu
- Concepteur de contenu
- Spécialiste en gestion de contenu
- Gestionnaire de contenu
- Spécialiste de documentation client
- Directeur de documentation
- Directeur d’expérience informationnelle
- Directeur de gestion des connaissances et de la formation
- Directeur, Documentation et assistance aux utilisateurs
- Directeur, Documentation produit
- Directeur, Publications techniques et formation
- Architecte DITA
- Stratège de contenu DITA
- Architecte d’information DITA
- Expert en migration des données DITA
- Développeur d’outils DITA
- Architecte de documentation
- Manager de documentation
- Technologue en développement de l’information — Ingénieur III
- Responsable de l’équipe de recherche et des technologies documentaires
- Architecte de l’information
- Développeur d’information
- Responsable d’expérience informationnelle
- Architecte de la connaissance
- Développeur principal d’information
- Responsable du programme de localisation
- Manager des communications techniques
- Manager, communication technique
- Manager, systèmes XML CMS et L10
- Développeur principal d’expérience de contenu
- Développeur principal d’information
- Architecte produit
- Ingénieur de documentation et chef de projet
- Développeur de contenu senior
- Stratège de contenu senior
- Développeur d’outils de documentation senior
- Développeur d’information senior
- Ingénieur logiciel senior
- Architecte d’information
- Chef d’équipe de documentation technique
- Spécialiste en communications techniques
- Leader technique, communications techniques
- Responsable des publications techniques
- Développeur d’outils
- Architecte d’assistance utilisateur
- UX designer
- Coordinateur XML/DITA
Ce qui me semble évident, c’est que trois types de postes liés à DITA ne relèvent pas de la rédaction technique : les managers, ceux qui assistent le processus de publication et ceux qui structurent le contenu ou apportent une valeur ajoutée au processus de diffusion.
Il y a beaucoup de postes de gestionnaires qui apparaissent dans cette liste (ex. : directeur de documentation, responsable documentation, responsable en communications techniques, chef d’équipe de documentation technique, etc.), bien qu’il soit judicieux de noter qu’il y a du chevauchement avec la liste du rédacteur technique (comme responsable rédacteur technique, rédacteur technique ingénieur de projet, responsable rédaction technique). Je trouve cela intrigant qu’il y ait tant de personnes confirmées qui travaillent avec DITA, bien que les preuves montrent qu’elles supervisent principalement (même si pas exclusivement) le processus d’utilisation de DITA au sein de leur processus de publication plutôt que de travailler avec les contenus DITA eux-mêmes.
Il y a encore beaucoup de postes qui impliquent que différentes compétences soient utilisées en commun avec DITA. La majorité de ceux qui travaillent avec DITA ne se contente pas de rédiger du contenu (s’ils en rédigent tout court), mais fournit un soutien au processus de publication (ex. : spécialiste de fichiers Ant, ingénieur d’application, forgeron-outilleur DITA, développeur confirmé d’outils de documentation). Pour moi, cela implique que les plus grandes entreprises utilisent DITA. Pour les plus grandes firmes, embaucher des gens à temps plein pour ces rôles est rentable.
Une tendance intéressante qui a vu le jour était le nombre significatif d’intitulés d’emplois étroitement liés au métier de rédacteur technique, comme « développeur d’informations », « spécialiste de documentation » et « développeur de contenu ». Ceux-ci ouvriront probablement la voie à de nouveaux intitulés de postes alternatifs pour des métiers similaires à celui de rédacteur technique. Il faut admettre que ces postes ont plus de prestige que celui du rédacteur technique, qui est relativement terne, et leurs titulaires seront mieux placés pour une évolution de carrière dans d’autres domaines.
Dans la catégorie non-rédacteur technique, des intitulés de poste comme « stratège de contenu », « concepteur d’information » et « architecte de l’information » reviennent souvent. Cela suggère que la capacité de structurer du contenu efficacement est un rôle de spécialiste. Cela semble logique, puisqu’être capable de rendre DITA rentable pour une entreprise, être en capacité de réutiliser efficacement du contenu et concevoir un plan afin d’assurer que cela soit systématiquement utilisé par les équipes de rédaction est digne d’une personne dédiée à ce rôle.
Les moteurs de recherche ont joué un rôle fondamental dans l’évolution du parcours client. Ils renvoient souvent les utilisateurs vers du contenu technique, car cela correspond à ce qu’ils recherchent.
La documentation technique peut considérablement améliorer l’image d’une entreprise et la qualité de ses produits/marques. Plus important encore, cela accentue son influence sur la décision initiale d’acheter un produit. Par conséquent, la documentation technique devrait être considérée comme importante d’un point de vue référencement. Le rédacteur technique devrait travailler main dans la main avec l’équipe marketing, afin de satisfaire les consommateurs et améliorer l’expérience client.
Malgré la rareté de son référencement naturel, la documentation technique, plus précisément l’information thématique de DITA, semble déjà correspondre à ce que les experts du référencement naturel recommandent aux professionnels du marketing.
Les avantages résultant de l’élaboration d’une stratégie de référencement naturel comprenant la documentation technique permettent de produire de la documentation mieux rédigée et trouvable plus facilement, mettant l’accent sur l’information recherchée par les utilisateurs. Elle améliore également l’expérience globale du client, ce qui a un impact concret et durable sur les revenus de l’entreprise.
Que peut-on en conclure ?
La taille de l’échantillon n’est peut-être pas suffisamment importante pour parler des résultats de la communauté de rédacteurs techniques dans son ensemble. À propos d’un sujet de niche comme les publications techniques sur DITA, il est néanmoins possible de dire que beaucoup travaillent hors du cadre traditionnel du rédacteur technique. Cela explique en partie la baisse des postes de rédaction technique aux États-Unis et l’émergence d’emplois dans des domaines voisins.
Je ne pense pas que nous soyons en train d’assister à la fin du métier de rédacteur technique, mais plutôt à la diversification de ce rôle alors que de plus en plus de personnes occupent des postes qui accompagnent et mettent en valeur le processus efficace de production de contenu structuré.
Cet article a été écrit en anglais par Keith Schengili-Roberts, Senior Content Strategist DITA au sein de l’équipe MadCap IXIA CCMS et traduit par Chaïnez Benbahmed, Rozalia Nortman, Jules Zabern, Alejandro Dardon, Efflam Hirgair, Vania Rocha Martins, Jeanne Morales et Emy Ntalani Luvumbu du master 2 TI de l’université de Rennes 2 avec l’aimable autorisation de MadCap.
