Les entreprises font souvent appel à nos services afin de les aider à améliorer leurs pratiques de localisation. Lorsqu’on leur demande quels sont leurs objectifs, adopter la localisation agile figure au premier rang de leurs priorités. Elles constatent deux avantages majeurs dans l’abandon du modèle en cascade : premièrement, la localisation est en adéquation avec la méthodologie agile déjà en place pour le développement logiciel et la rédaction technique, et deuxièmement, la mise sur le marché est plus rapide.
Qu’est-ce que la localisation agile ?
Il s’agit d’une extension de la méthodologie agile qui est appliquée à la conception de logiciels depuis plus de vingt ans. Avec cette méthodologie, les équipes (Scrums) travaillent en parallèle conformément à la méthode Agile, et toutes les activités sont organisées en séquences (Sprints) d’une durée habituelle d’une ou deux semaines :
- Conception de logiciels agile : les nouvelles fonctionnalités sont conçues, testées, et intégrées à chaque sprint.
- Rédaction technique agile : les nouveaux éléments de contenu sont rédigés et approuvés au sein du même sprint ou sprint +1. Les rédacteurs techniques font souvent partie des Scrums de développement.
- Localisation agile : les nouveaux éléments de contenu sont envoyés en traduction et livrés au prochain sprint (sprint +1 ou sprint +2)
La localisation agile représente une évolution majeure comparée au modèle en cascade qui prévaut encore. Dans ce dernier modèle, seuls les documents complets et approuvés sont envoyés en traduction dans le cadre de projets longs et de grande ampleur.
Il convient de ne pas confondre localisation agile et localisation continue. Dans les deux cas, le contenu source est envoyé en traduction dès que disponible mais dans la localisation agile, il est obligatoirement restitué avant le sprint suivant. Quand la localisation est dite « continue » , à un même moment, différentes versions du même contenu sont en traduction, ce qui entraîne des conflits au niveau des disponibilités, une multiplication inutile des efforts et des incohérences dans la traduction.
Les premiers adeptes de la localisation agile sont bien évidemment les entreprises qui appliquent la méthodologie agile à la conception de leurs logiciels, bien qu’aujourd’hui, la plupart des entreprises, tous secteurs confondus, intègrent des composantes logicielles dans leur offre.
L’externalisation des termes de l’interface utilisateur va de pair avec la localisation agile
Pour une qualité optimale du contenu, le processus standard de localisation de logiciels en cascade se compose de plusieurs étapes :
- Gel des fonctionnalités logicielles : une version complète est choisie, testée minutieusement, compilée en vue de sa commercialisation.
- Traduction logicielle : les nouveaux termes de l’interface utilisateur correspondants sont traduits dans toutes les langues, souvent avec aucun voire peu de contexte.
- Validation de la traduction logicielle : les différentes versions linguistiques du logiciel sont générées et les termes traduits sont validés dans leur contexte global.
- Préparation de la traduction de la documentation : la mémoire de traduction contenant les options de l’interface utilisateur du logiciel est convertie en une base terminologique afin de fournir les termes traduits au traducteur de la documentation.
- Traduction de la documentation : la documentation est traduite dans toutes les langues. Une traduction correcte des termes de l’interface utilisateur repose sur le codage d’une sémantique adaptée, ainsi que sur la bonne volonté du traducteur à rechercher les termes dans la base terminologique et à faire le bon choix entre les différentes entrées similaires, parfois ambiguës, correspondant aux termes de l’interface utilisateur.
- Révision de la traduction : la traduction des termes intégrés dans l’interface utilisateur est vérifiée par des réviseurs natifs, généralement des experts techniques.
Ce processus peut prendre plusieurs mois, alors qu’avec la méthodologie agile, la documentation traduite peut être livrée, au plus tard, deux sprints après le gel des fonctionnalités logicielles.
Par conséquent, la seule option pour localiser de manière agile la documentation relative au logiciel consiste à dissocier la traduction de la documentation de celle du logiciel.
La localisation agile des informations sur le logiciel, comme l’aide en ligne, le service clientèle ou les tutoriels, est plus complexe que la documentation sur le matériel ou les processus à cause des termes propres à l’interface utilisateur. Dissocier la traduction de la documentation et du logiciel implique d’externaliser l’interface utilisateur :
- Création d’une table de référence avec les termes de l’interface utilisateur du logiciel
- Référencement de ces termes sous la forme de liens dans la documentation en lieu et place d’une intégration.
Quand l’interface utilisateur est externalisée, le traducteur traduit le contenu sans avoir besoin de savoir si et comment les termes de l’interface ont été traduits. Les termes de l’interface sont automatiquement intégrés dans la documentation lorsqu’elle est publiée.

Note : l’intégration de mots dans une phrase peut mener à des erreurs grammaticales lorsque ces mots doivent s’accorder avec le reste de la phrase ou que le reste de la phrase doit s’accorder avec le genre du terme. Puisque les termes de l’interface utilisateur sont neutres et ne sont pas mis à jour, cette préoccupation n’en est plus une.
Le tableau de référence peut être généré :
- À partir des éléments du contenu, à l’aide d’un processus de conversion automatisé et scripté
- À partir des fichiers ressources du logiciel gérés par les équipes de développement à l’aide d’une conversion automatique
L’externalisation des termes de l’interface utilisateur renforce l’efficacité et la cohérence
L’externalisation des termes de l’interface utilisateur permet de bénéficier des avantages associés à la localisation agile : le délai d’exécution passe de plusieurs mois à quelques semaines et les conflits entre les différentes versions des rubriques sont évités.
Comme nous l’avons démontré et mesuré lors de plusieurs projets, cette approche présente d’autres avantages :
- La documentation est cohérente avec l’application logicielle, ce qui est primordial pour l’expérience utilisateur, surtout lorsque l’information est fournie en tant qu’aide contextuelle.
- Puisque 50 % des questions posées lors du cycle de traduction concernent la traduction des termes de l’interface utilisateur, un processus de localisation agile permet de les éviter automatiquement.
- De même, 50 % des efforts fournis lors de la révision linguistique, qui étaient consacrés à la vérification de la traduction des termes de l’interface utilisateur, sont désormais inutiles.
- La rédaction de contenu est plus rapide : lier un terme de l’interface utilisateur en utilisant Oxygen est trois fois plus rapide que de saisir sa valeur manuellement.
- Le nombre de mots à traduire est moins important (généralement environ 10 %)
- Le coût de la maintenance est considérablement réduit : corriger un terme de l’interface utilisateur en anglais ou dans une langue locale ne demande qu’une mise à jour dans le tableau de référence, suivie d’une nouvelle publication. Cette approche demande au minimum 80 % d’effort en moins que de rechercher le terme dans la mémoire de traduction et de retraduire le contenu qui s’y rapporte.
- Veuillez noter que ce processus diminue le taux de récupération dans la mémoire de traduction lors du premier projet puisque les termes (quelques mots) seront remplacés par une balise. Cependant, cette récupération moindre peut être quelque peu compensée grâce à un script adapté et appliqué à la mémoire de traduction.
Quelle approche afin d’adopter la méthodologie agile pour votre documentation ?
- Définissez votre processus idéal : générer le tableau de référence depuis le contenu lui-même ou depuis les ressources logicielles gérées par vos équipes de développement.
- Évaluez le nombre et la fréquence des termes de l’interface utilisateur au sein de votre contenu.
- Informez et formez les rédacteurs techniques, et mettez à jour votre guide de style.
- Lancez un projet pilote afin de valider le processus (du développement logiciel à la maintenance en passant par le système de gestion de contenu et la publication)
- Mesurez l’amélioration des performances, ainsi que l’effet sur la mémoire de traduction.
- À la suite du projet pilote, automatisez votre processus à l’aide de l’infrastructure de développement logiciel et du système de gestion de contenu ou bien du référentiel de contenu.
- Évaluez et partagez les résultats avec chaque partie ayant participé au projet.
Si vous souhaitez réduire votre délai de mise sur le marché à l’aide d’un processus de localisation agile et que vous gérez des données relatives au logiciel, nous vous recommandons d’envisager d’externaliser les termes de l’interface utilisateur.
Cet article a été écrit en anglais et traduit par Julie Vieux, étudiante en master TSM à l’université de Grenoble, dans le cadre d’une collaboration avec les universités et avec l’aimable autorisation de Dominique Trouche.
